La réification du monde était contenue dans la rationalité scientifique, dès le début.

Elle découle de ses concepts les plus purs !

 

 

 

 

 

 



« Il est clair qu'il y a quelque chose de faux dans la rationalité même du système. Ce qui est faux c'est la manière dont les hommes ont organisé leur travail dans la société [...]

Le concept scientifique d'une nature universellement contrôlable représente la nature comme une matière qui fonctionne sans fin, la simple matière de la théorie et de la pratique. C'est sous cette forme que le monde-objet entre dans la construction d'un monde technologique - un univers d'instruments physiques et mentaux [...]

C'est seulement par l'intermédiaire de la technologie que l'homme et la nature deviennent des objets d'organisation interchangeables. [...] la technologie est devenue le grand véhicule de la réification [...] Le monde tend à devenir la substance d'une administration totale qui enveloppe les administrateurs eux-mêmes.  [...] Les formes de pensée transcendantes ont transcendé la Raison elle-même [...]

La non-contradiction et la non-transcendance ont un dénominateur commun pour tout comportement et pour tout discours dans l'univers établi. »

« Au début déjà la libre entreprise ne constitue pas une réussite complète. La liberté c'était travailler ou mourir de faim et c'était le labeur, l'insécurité et l'angoisse pour la majeure partie de la population. Si l'individu n'avait plus désormais à se produire sur le marché du travail en tant que sujet économique libre, la disparition de cette sorte de liberté représenterait en fait une des plus grandes réalisation de la civilisation. Les processus technologiques de mécanisation et d'uniformisation pourrait ouvrir à l'énergie individuelle un champ de liberté insoupçonné, au delà des besoins. La structure même de l'existence humaine serait transformée ; l'individu serait libéré d'un travail qui lui impose des besoins et des projets aliénants ; il réintégrerait sa vie. »

« L'intensité, la satisfaction et même le caractère des besoins humains, sauf au niveau biologique, ont toujours été conditionnés.

[...] on devrait déterminer les besoins des individus et leur droit à être satisfaits selon des critères qui dépassent la situation actuelle et qui établissent pour les besoins une échelle de valeurs qui soit véritablement en rapport avec la réalité humaine

Nous pouvons distinguer de vrais et de faux besoins. Sont "faux" ceux que des intérêts sociaux particuliers imposent à l'individu : les besoins qui justifient un travail pénible, l'agressivité, la misère, l'injustice. Leur satisfaction pourrait être une source d'aise pour l'individu, mais on ne devrait pas protéger un tel bonheur s'il empêche l'individu de percevoir le malaise général et de saisir les occasions de le faire disparaître. Le résultat est alors l'euphorie dans le malheur. »

 

« Toute prise de conscience [...] doit mettre en question les besoins et les satisfactions de l'univers établi en termes de vrai et de faux. »

« Ce sont les individus eux-mêmes qui doivent répondre à la question sur les vrais et les faux besoins [...] quand ils seront libres de donner leur propre réponse. » pages 28-31

L'Homme unidimensionnel. Traduction de Monique Wittig, revue H. Marcuse. Editions de Minuit, 1968. Paru en anglais en 1964.