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« Il est clair qu'il
y a quelque chose de faux dans la rationalité même
du système. Ce qui est faux c'est la manière dont
les hommes ont organisé leur travail dans la société [...]
Le concept scientifique d'une
nature universellement contrôlable représente la
nature comme une matière qui fonctionne sans fin,
la simple matière de la théorie et de la pratique.
C'est sous cette forme que le monde-objet entre
dans la construction d'un monde technologique - un univers
d'instruments physiques et mentaux [...]
C'est seulement par l'intermédiaire
de la technologie que l'homme et la nature deviennent des objets
d'organisation interchangeables. [...]
la technologie est devenue le grand véhicule de la réification [...]
Le monde tend à devenir la substance d'une administration
totale qui enveloppe les administrateurs eux-mêmes. [...]
Les formes de pensée transcendantes ont transcendé
la Raison elle-même [...]
La non-contradiction et la non-transcendance
ont un dénominateur commun pour tout comportement et pour
tout discours dans l'univers établi. »
« Au début déjà
la libre entreprise ne constitue pas une réussite complète.
La liberté c'était travailler ou mourir de faim
et c'était le labeur, l'insécurité et l'angoisse
pour la majeure partie de la population. Si l'individu n'avait
plus désormais à se produire sur le marché
du travail en tant que sujet économique libre, la disparition
de cette sorte de liberté représenterait en fait
une des plus grandes réalisation de la civilisation.
Les processus technologiques de mécanisation et d'uniformisation
pourrait ouvrir à l'énergie individuelle un champ
de liberté insoupçonné, au delà
des besoins. La structure même de l'existence humaine
serait transformée ; l'individu serait libéré
d'un travail qui lui impose des besoins et des projets aliénants ;
il réintégrerait sa vie. »
« L'intensité,
la satisfaction et même le caractère des besoins
humains, sauf au niveau biologique, ont toujours été
conditionnés.
[...]
on devrait déterminer les besoins des individus et leur
droit à être satisfaits selon des critères
qui dépassent la situation actuelle et qui établissent
pour les besoins une échelle de valeurs qui soit véritablement
en rapport avec la réalité humaine
Nous
pouvons distinguer de vrais et de faux besoins. Sont "faux"
ceux que des intérêts sociaux particuliers imposent
à l'individu : les besoins qui justifient un travail
pénible, l'agressivité, la misère, l'injustice.
Leur satisfaction pourrait être une source d'aise pour l'individu,
mais on ne devrait pas protéger un tel bonheur s'il empêche
l'individu de percevoir le malaise général et de
saisir les occasions de le faire disparaître. Le résultat
est alors l'euphorie dans le malheur. »
« Toute prise de conscience
[...] doit mettre en question les
besoins et les satisfactions de l'univers établi en termes
de vrai et de faux. »
« Ce
sont les individus eux-mêmes qui doivent répondre
à la question sur les vrais et les faux besoins [...]
quand ils seront libres de donner leur propre réponse. »
pages 28-31
L'Homme unidimensionnel.
Traduction de Monique Wittig, revue H. Marcuse. Editions
de Minuit, 1968. Paru en anglais en 1964.
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